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Les Echos

17.02.2026

Pourquoi le Forum économique mondial demeure essentiel

Professeur Klaus Schwab
Fondateur du Forum économique Mondial et de la Schwab Academy

Dans un monde saturé de sommets, la pertinence ne se mesure plus à la visibilité mais à la cohérence du projet. C’est cette épreuve que traverse aujourd’hui le Forum économique mondial de Davos.

Pendant plus d’un demi-siècle, le Forum a porté le projet d’une coopération globale, où des sociétés ouvertes, des marchés responsables et un dialogue au-delà des frontières politiques, culturelles et économiques se renforcent mutuellement comme fondements de la stabilité et de la prospérité. Il n’a pas été conçu comme un cycle de conférences, une scène politique ou un lieu de transactions. Sa vocation était normative : servir le bien commun mondial.

Cette vocation a conduit à son organisation en fondation d’utilité publique. Ce choix visait à prémunir l’institution contre les pressions politiques, économiques ou idéologiques de court terme et à ancrer la responsabilité multipartite comme principe central de la gouvernance des entreprises et de la gouvernance mondiale. Le postulat était simple : dans un monde interdépendant, ni les États ni les marchés ni la société civile ne peuvent répondre seuls aux défis systémiques. La responsabilité doit être partagée.

Davos et la Suisse ont été déterminants pour rendre ce modèle possible. Davos est ainsi devenu, au fil du temps, plus qu’un lieu : un « village global » où des acteurs issus de systèmes et de régions différents se rencontraient avec discrétion, respect et sens de la responsabilité commune.

Dès l’origine, le Forum s’est appuyé sur des principes clairs : responsabilité sociale et performance économique, protection des ressources naturelles et croissance, dialogue plutôt que confrontation, coopération transfrontalière plutôt que logique de somme nulle.

Ces principes ont guidé l’intégration précoce des pays du Sud global et de l’Asie comme partenaires à part entière, ainsi que l’implication systématique d’acteurs sociaux, culturels, scientifiques et des jeunes générations. L’objectif n’était pas de fabriquer un consensus artificiel mais de refléter la complexité du monde et de favoriser un leadership fondé sur la responsabilité partagée.

L’environnement international a toutefois profondément évolué. Les logiques de puissance ont regagné en influence, les débats publics se sont polarisés et l’accélération technologique intensifie à la fois progrès et fractures. Des notions telles que vérité, confiance et responsabilité sont devenues moins évidentes. Mises à l’épreuve, les valeurs sur lesquelles repose l’ordre international libéral et coopératif exigent désormais une défense active.

C’est dans ce contexte que la nécessité d’une plateforme fondée sur des valeurs apparaît avec le plus de force. Plus l’ordre international se fragilise et plus la confiance institutionnelle s’érode, plus le besoin se fait sentir de forums capables d’établir des contre-repères : sérieux intellectuel, fiabilité institutionnelle, primauté du long terme.

L’enjeu pour l’avenir est clair : concilier le renouveau nécessaire avec la fidélité aux principes fondateurs - responsabilité multipartite, coopération libérale et confiance comme socle de l’ordre international. Davos n’a jamais été destiné à refléter passivement un monde fragmenté mais à contribuer aux conditions rendant la coopération possible.

Cela suppose enfin une exigence centrale : le maintien des standards moraux les plus stricts. Une plateforme qui aspire à rassembler des responsables politiques, économiques et sociaux au plus haut niveau ne peut se contenter d’efficacité organisationnelle ou de visibilité médiatique. Sa crédibilité dépend de l’intégrité de ses pratiques, de la cohérence entre ses valeurs proclamées et son fonctionnement interne, de sa capacité à s’imposer à elle-même les exigences éthiques qu’elle promeut à l’échelle mondiale. Dans un contexte marqué par l’érosion de la confiance, seule une institution fidèle à cette discipline morale peut durablement jouer un rôle d’orientation.

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