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Tribune de Genève

19.06.2026

Au-delà du G7 et du G20: la nécessité d’un dialogue mondial continu

Le G7 et le G20 demeurent importants. Mais ils ne suffisent plus. Ils ont été créés pour un monde dans lequel les gouvernements, et en particulier les plus grandes économies, pouvaient encore prétendre représenter les centres décisifs du pouvoir. Ce monde a changé.

Dans l’ère de l’intelligence, le pouvoir est désormais distribué. Les gouvernements fixent les règles, mais les entreprises portent l’innovation et l’investissement. Les scientifiques créent la connaissance. La société civile confère la légitimité. Les jeunes générations expriment les exigences de l’avenir. Les organisations internationales apportent continuité et mémoire institutionnelle.

Les grands défis de notre temps, l’intelligence artificielle, le changement climatique, la cybersécurité, la santé publique, la dette, les migrations et la cohésion sociale, ne sont plus des dossiers séparés. Ce sont des transformations systémiques. Elles ne peuvent être maîtrisées par des sommets annuels, des communiqués préparés à l’avance et une chorégraphie diplomatique.

L’intelligence artificielle (IA) illustre cette insuffisance avec une clarté particulière. Il ne suffit pas d’inviter les dirigeants des grandes entreprises technologiques pendant quelques heures à Evian, ou ailleurs, puis de considérer que le sujet a été politiquement traité. L’IA transformera la compétitivité, l’emploi, l’éducation, la sécurité, la démocratie et la dignité humaine. Elle exige un dialogue permanent entre gouvernements, dirigeants technologiques, scientifiques, éthiciens, éducateurs, investisseurs, travailleurs, société civile et jeunes générations.

Ce dont le monde a besoin, c’est d’une nouvelle architecture du dialogue mondial : interdisciplinaire, multipartite et continue.

Interdisciplinaire, parce qu’aucun enjeu décisif ne relève désormais d’un seul ministère ou d’une seule discipline académique. Multipartite, parce qu’aucun acteur ne possède à lui seul tous les instruments de solution. Continue, parce que les technologies évoluent en quelques semaines, les marchés se déplacent en quelques secondes et les crises traversent les frontières du jour au lendemain.

Les nouvelles technologies peuvent contribuer à rendre un tel dialogue possible. Les plateformes numériques et l’intelligence artificielle peuvent relier des connaissances fragmentées, détecter plus tôt les risques émergents, traduire entre langues et cultures et élargir la participation. Utilisées de manière responsable, elles peuvent transformer le dialogue mondial d’un événement occasionnel en un système permanent d’apprentissage collectif.

Mais une telle plateforme ne sera crédible que si elle est indépendante, impartiale et libre de tout intérêt particulier. Elle ne doit être l’instrument ni d’un gouvernement, ni d’un groupe économique, ni d’un secteur technologique, ni d’une idéologie.

Il ne s’agit pas d’un argument contre le G7 ou le G20. Il s’agit de reconnaître qu’ils doivent être complétés par une plateforme plus large.

Dans un monde fragmenté, la confiance deviendra la forme de capital la plus précieuse. Elle se construit par un engagement répété, sérieux et structuré entre ceux qui ne sont pas toujours d’accord, mais qui reconnaissent qu’ils partagent un même avenir global.

L’âge de la diplomatie des sommets doit céder la place à l’âge de la coopération continue. C’est le nouveau réalisme d’un leadership global responsable.

Professeur Klaus Schwab
Fondateur du World Economic Forum et de la Schwab Academy

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